Vendredi 30 Octobre 2026
Le livre de la semaine : Vivre sans Google
Bonjour à tous et à toutes,
Au milieu du XIXe siècle, une grande partie de la population pauvre d'Irlande vivait d'une seule plante, la pomme de terre, et presque d'une seule variété de celle-ci.
Elle poussait sur des sols très pauvres et ne coûtait presque rien. En 1845, le mildiou est arrivé et, comme tous les champs portaient la même plante avec les mêmes faiblesses, la maladie s’est développée très vite. La Grande Famine a fait environ un million de morts et poussé à peu près autant d'Irlandais à l'exil.
D’où une leçon d’agronomie : attention à la monoculture ! Voilà un bon principe à appliquer également à l’entrepreneuriat : ne pas dépendre d’un seul client, un seul fournisseur, un seul algorithme.
Dans nos vies numériques, nous pratiquons la monoculture… avec Google. Une seule adresse ouvre nos e-mails, nos photos, nos documents, notre agenda et nos trajets. Gmail, Chrome, Android... Tous font partie de l'écosystème Google.
À l'heure où la question de la souveraineté numérique fait débat et où la domination des GAFAM est de plus en plus contestée, ne plus confier toute sa vie à une seule entreprise devient essentiel.
Mais par quoi remplacer Gmail ? Où stocker quinze ans de photos ? Comment migrer sans tout perdre, sans y passer des semaines, sans devenir un ermite du numérique ? Et faut-il vraiment tout supprimer ?
Je suis ravi de vous présenter Vivre sans Google de Guillaume Limare.

En 2025, Guillaume Limare raconte sur LinkedIn qu'il vient de supprimer son compte Google. Vingt ans d'e-mails, de photos et de documents, sauvegardés ailleurs avant de tout fermer. Il s'attend à quelques réactions polies, mais le post dépasse les 350 000 vues en quelques heures, et des centaines de personnes lui écrivent vouloir suivre son exemple.
Guillaume Limare n'est pas un militant de la vie privée.
Il a passé toute sa carrière dans l'économie numérique, montant une startup, puis travaillant pour des jolis noms de la tech (Allociné, Oscaro, Aramisauto, Legalstart). Cela le rend, à mes yeux, d’autant plus crédible pour nous alerter.
Il raconte l'histoire d'un père américain qui, en 2022, en pleine pandémie, a photographié une infection de son jeune fils pour l'envoyer à son pédiatre. Google Photos a synchronisé l'image, un algorithme l'a jugée illicite, et Google a verrouillé l'intégralité du compte : e-mails, contacts, photos de famille, et jusqu'à son numéro de téléphone. La police a conclu à l'absence de toute infraction. Google a quand même supprimé le compte, définitivement.
La principale recommandation de Guillaume, c’est de diversifier, ne plus confier toute sa vie numérique à une seule entreprise. Ainsi aucun acteur n'a le tableau complet. Chaque compte migré vers un hébergeur européen est un petit acte de souveraineté qui, “multiplié par des milliers de personnes, devient un signal économique”.
Au fil des pages, on comprend que Google est partout.
Pour remplacer Chrome, l'auteur recommande par exemple Firefox, développé par une fondation à but non lucratif. Mais il précise que Mozilla tire environ 85 % de ses revenus d'un accord avec Google, qui paie plus de 400 millions de dollars par an pour être son moteur de recherche par défaut.
Le livre est aussi très honnête sur l'effort demandé pour quitter Google.
Limare l'estime à une vingtaine d'heures réparties sur six à huit week-ends, pour un coût de 5 à 15 € par mois pour une personne seule.
Si vous n'avez qu'un week-end, il conseille de commencer par le navigateur, le moteur de recherche et la messagerie, trois étapes qui protègent l'essentiel.
Et il répète que rien n'oblige à aller jusqu'au bout : lui a supprimé son compte entier Google par conviction personnelle, mais chacun avance à son rythme.
Chaque chapitre suit la même méthode, qu'il a baptisée DÉCLIC (découvrir, évaluer, choisir, libérer ses données, couper le lien), et se termine par le récit de sa propre migration, surprises comprises.

Mon passage préféré
C'est le chapitre consacré à l'intelligence artificielle. Le 30 novembre 2022, Limare découvre ChatGPT avec le même frisson que sa première recherche Google.
Un matin, en préparant un rendez-vous avec un partenaire, il tape dans le chat un message qu'il n'aurait jamais formulé dans une barre de recherche : son contexte professionnel, ses doutes sur la proposition commerciale, une demande d'avis. Il comprend que si Google sait ce que l’on cherche, l’IA sait ce que l’on pense.
Le livre recommande alors de couper l'option d'entraînement sur vos conversations dans chaque chatbot que vous utilisez, et choisir un assistant qui n'appartient pas à l'entreprise qui gère déjà votre moteur de recherche et votre messagerie.
Aucun acteur ne devrait détenir les trois. Encore ce principe de répartition des risques.

Vous pouvez commander Vivre sans Google sur la boutique en ligne d’Eyrolles, sur le site Place des Libraires en identifiant une librairie près de chez vous, ou sur les plateformes de vente en ligne (Fnac, Amazon).
Beau week-end et belles lectures,
Alexandre Dana

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